[ * MARINA ]
Je suis cette femme au feutre d'homme et aux chaussures d'or. Je suis cette femme utopique, absurde et contradictoire. Celle qui pense que les gens sont des ennemis ardents. Celle qui pense que les gens sont des amis aimant. Je suis une contradiction vivante. Celle qui pense que l'amour platonique existe, celle qui pense que l'humanité n'est pas condamnée, celle qui croit qu'on est tous mauvais, dans le fond. Celle qui est malade. Celle qui déteste tant de monde et en aime une si petite minorité. Celle qu'on entend parfois dans un opéra de cris, celle qui se cache, celle qui n'est plus qu'un mensonge sordide. Je suis cette enfant un peu perdu qui ne sait plus trop qui elle est, qui a peur et qui ne cesse de se cacher. A présent, ma vie c'est cela : une fuite constante de ma propre réalité. Je suis cette roche que tu vois et cette légèreté que tu entrevois. Je suis cette enfant qui a trop peur d'être abandonné, celle qui préfère rester plus dure que ce qu'elle est. Je suis cette enfant à l'esprit désordonné, celle qui à fait du monde un manège dont on ne peut plus descendre, une boite à musique inanimé, un concert anarchique. Je suis celle qui se courbe en deux pour une ligne droite, qui tente de trouver des espaces entre les parois d'une boite. Je suis celle qui peut caresser des idéaux sans s'éloigner d'en bas. Je suis celle qui rêve toujours de s'en aller mais sans jamais bouger de là. Celle qui est entrée là sans avoir vus de la lumière. Cette enfant sait si bien mentir, elle doit pouvoir s'épanouir et tout envoyer enfin en l'air. Prier pour que je sois à nouveau libre. Je suis cette enfant radicale, rancunière et grossière, celle qui tuerait ceux qui lui ont fait du mal. Infiniment se voir rouler dans la farine. Je suis cette contradiction trop en vie, ce monstre tragique qui récite si bien son texte sur scène. Je suis cette boulimique de mots et de sentiments, j'en demande trop, j'avale, je digère, j'ingurgite, je recrache, mes mots en prose, ma poésie mal construites, mes antiphrases parfaites, mon vocabulaire insociable, mes chiasme affables et névrosés, je mange des lettres et recrache des textes, anorexique de la vie, je recrache des mots, jusqu'à une prochaine overdose. Un besoin aléatoire de gerber ma vie sur la feuille blanche, un crayon au fond de la gorge. Dieu qu'il est douloureux d'être tant ce qu'on avait juré ne pas devenir. Spéciale dédicace à la flaque où on nage, où on se noie.




